La 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies a offert au Sénégal une tribune pour projeter une diplomatie de rupture. Porté par le président Bassirou Diomaye Faye, le pays a déployé un discours articulant droit international, justice institutionnelle et affirmation panafricaine. Analyse d’une prise de parole qui ne se contente plus de participer : elle prétend orienter les débats.
Un discours adossé aux principes du droit international
Le discours prononcé le 24 septembre 2026 s’inscrit dans le cadre de la Charte des Nations Unies : souveraineté des États, règlement pacifique des différends, coopération internationale. Mais le Sénégal va plus loin. En sa qualité de président du Comité de l’ONU pour les droits inaliénables du peuple palestinien, le chef de l’État a prononcé une condamnation morale sans équivoque, dénonçant l’ampleur des souffrances humaines à Gaza et appelant à une action internationale pour mettre un terme aux massacres et aux destructions.
Juridiquement, cette position s’appuie sur les résolutions de l’Assemblée générale et les principes du droit international humanitaire. Le président a réaffirmé l’attachement du Sénégal à une solution politique fondée sur la coexistence de deux États, avec la création d’un État palestinien ayant Jérusalem-Est comme capitale. En parlant à la fois comme chef d’État et comme responsable d’un organe onusien, il donne à son message une double légitimité : nationale et institutionnelle.
La réforme du Conseil de sécurité : de l’urgence du constat à l’action Sur le plan institutionnel, le Sénégal a plaidé pour une refonte du multilatéralisme. Le président Faye a dénoncé le statu quo sur la réforme du Conseil de sécurité, estimant que «les années passent, mais nos efforts pour les réformes de la gouvernance restent encore sans effets significatifs». Il a soutenu le consensus d’Ezulwini, position africaine commune qui réclame au moins deux sièges permanents pour l’Afrique, avec tous les privilèges associés, y compris le droit de veto tant qu’il existera.
Le Sénégal a également annoncé sa candidature à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2032-2033. Le pays a déjà siégé à trois reprises comme membre non permanent : 1968-1969, 1988-1989 et 2016-2017. Cette candidature traduit une volonté de transformer l’influence rhétorique en pouvoir décisionnel.
La candidature de Macky Sall : une position diplomatique complexe
Fait notable du discours : le président Faye a renouvelé son appui à la candidature de son prédécesseur, Macky Sall, au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Cette candidature a été officiellement déposée le 2 mars 2026 par le Burundi, agissant au nom de l’Union africaine. Macky Sall avait lui-même présidé l’Union africaine entre février 2022 et février 2023.
Sur le plan du droit international, cette candidature soulève des questions intéressantes : la tradition non écrite de rotation régionale plaide en faveur de l’Amérique latine, et plusieurs États militent pour l’élection d’une femme à la tête de l’organisation. Le processus dépendra en grande partie du Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto décisif. Le soutien sénégalais à cette candidature s’inscrit donc dans une logique panafricaine, mais aussi dans une realpolitik assumée.
Une diplomatie de présence et un soft power actif
Le Sénégal s’est posé en porte-voix du continent africain. En sa qualité de président en exercice de la CEDEAO depuis le 20 juillet 2026, le président Faye a renforcé sa légitimité pour parler au nom de l’Afrique de l’Ouest. Il a appelé à rendre opérationnelle la Force régionale de lutte contre le terrorisme, à renforcer la mise en commun des moyens des États membres et à accroître l’autonomie financière de la Communauté.
Cette diplomatie ne se limite pas aux grandes tribunes. Le Sénégal accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse du 31 octobre au 13 novembre 2026 à Dakar, premier événement olympique de l’histoire organisé sur le sol africain. Le président a convié tous les pays membres à la cérémonie d’ouverture, présentant cet événement comme «une promesse : celle d’une génération qui veut se rencontrer plutôt que s’affronter». En accueillant 2 700 jeunes athlètes de 206 comités nationaux olympiques, le Sénégal projette une image d’ouverture et de dialogue.
Entre élan moral et limites structurelles
Le discours sénégalais a été salué pour sa clarté morale et son appel à la justice. Mais il révèle aussi les tensions inhérentes à toute diplomatie de principes. Le soutien à la candidature de Macky Sall, ancien président dont la gouvernance a été contestée, illustre la complexité de la position sénégalaise : panafricanisme affiché et realpolitik assumée.
Les défis restent considérables : crise sécuritaire au Sahel, rivalités géopolitiques, dépendance à l’aide internationale. Le président a lui-même souligné que la paix «ne peut être réduite à une aspiration mais doit être assumée comme une responsabilité partagée». La portée du discours se heurtera à la dure réalité des rapports de force.
De la parole à la puissance
Le Sénégal sous Bassirou Diomaye Faye a utilisé la tribune de l’ONU pour projeter une image de rupture et d’affirmation. Il ne se contente plus de participer : il prétend orienter les débats. Le discours du 24 septembre 2026 marque une étape : celle d’une diplomatie de principes, ambitieuse et panafricaine, qui articule droit international, justice institutionnelle et promotion d’un multilatéralisme renouvelé.
Mais la puissance internationale ne se décrète pas. Elle se construit par des propositions institutionnelles, des coalitions d’intérêts et des mécanismes alternatifs. Le droit international offre un langage ; la realpolitik impose ses conditions. Reste à traduire les principes en résultats concrets.
Abdoulaye Diallo étudiant en Master professionnel en droit international et relations diplomatiques et consulaires…
Sources :
- Discours du président Bassirou Diomaye Faye, 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU, 24 septembre 2026.
- ONU Web TV, « Senegal – General Debate, 81st Session ».
- APS, « Le Sénégal, candidat à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU », 24 septembre 2026.
- RTS, « ONU : L’ancien président Macky Sall officiellement candidat à la succession de Guterres », 2 mars 2026.
- Xinhua, « Le président sénégalais Faye désigné président en exercice de la CEDEAO », 20 juillet 2026.
- Comité International Olympique, « Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 ».











