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Cheikh Cherif Mballo: Non à la xénophobie et au racialisme : ne laissons pas le Sénégal glisser vers l’abîme

Non à la xénophobie et au racialisme : ne laissons pas le Sénégal glisser vers l’abîme

 

Cheikh Chérif Mballo

Dignitaire Religieux

Dakar-Senegal

 

Depuis quelques jours, des propos d’une gravité rare ont été tenus à l’Assemblée nationale. Un ministre de la République a été soupçonné d’être étranger parce qu’il porte un nom particulier, un accent particulier ou un teint différent. Cela est grave, très grave. On ne joue pas avec le feu impunément.

 

Ces discours d’inculture et de xénophobie, portés par des acteurs politiques incapables de s’inscrire dans le progrès, nous conduisent tout droit vers le mur. Ils banalisent insidieusement le chauvinisme étroit, le nationalisme identitaire et la haine de l’autre. Nous devons nous indigner à temps, avec détermination et fermeté.

 

La question mérite d’être posée clairement : qui est sénégalais ? Qui doit être considéré comme « sénégalais de souche » ? La nationalité sénégalaise se mesure-t-elle à la consonance d’un nom, à la couleur de peau, à l’ethnie ou à l’accent ? Faut-il être Peul, Wolof, Sérère, Diola, Mandingue, Soninké ou autre pour être légitime ? La réponse est non. Un nom peul, comme tant d’autres noms, n’est pas une marque d’étrangeté : c’est une composante de notre histoire nationale.

 

Avant les frontières héritées de la colonisation française, Saint-Louis, puis Dakar, capitale du Sénégal, fut aussi capitale de l’Afrique-Occidentale française (AOF), qui regroupait la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français (actuel Mali), la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et le Dahomey (actuel Bénin). Les populations, les familles, les langues et les noms ont circulé dans cet espace pendant des siècles. Il est rare de trouver un sénégalais dit « de souche » dont le sang ne s’est pas mêlé à celui d’autres ethnies. On retrouve des noms de famille sénégalais au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Gambie, en Mauritanie et ailleurs. Vouloir inventer un « WASP » local, une sorte de BMW ou de CTW ou PTFF identitaire, est une absurdité historique et un danger pour la paix.

 

Cette négligence des vraies questions de patrimoine et de mémoire est inquiétante. Que l’on songe à Ndiadiane Ndiaye, figure fondatrice née dans l’espace sénégalais et dont le tombeau se trouverait en terre mauritanienne, ou à Thierno Souleymane Baal,ainsi que Samba Guela Dîégui dont les tombeaux sont également en Mauritanie. Ces personnages historiques, culturels et religieux de premier ordre, ainsi que tant d’autres, sont aujourd’hui souvent associés au patrimoine mauritanien, y compris dans les reconnaissances internationales. Voilà où mène l’abandon de notre mémoire collective.

 

Si nous n’y prenons garde, le pays se dirigera directement vers l’abîme. Les autorités politiques doivent assumer leurs responsabilités,pour une application stricte des Lois et règlements en matière de séjour au Senegal, du paiement des taxes et d’impôts,du respect de l’ordre public… Les chefs religieux, les sages, les intellectuels, la société civile et les médias doivent élever la voix pour stopper ce phénomène toxique et nocif pour le Sénégal que nos aïeux nous ont légué intact.

 

Le Noble Prophète Mohamed (PSL) était très proactif : il n’attendait pas que les choses se gâtent pour intervenir. Un hadith nous enseigne, selon son sens, que tolérer l’injustice, c’est y participer, et que l’injustice et l’impiété ont une même source. Ne laissons pas l’injustice et le désordre s’installer. Il dit dans un autre hadith :  » Un pays peut durer très longtemps dans l’infidélité, mais ne durera jamais dans l’injustice.

 

AFFAIRE YI NIOO GI EUPEU NAK MBOKK YI

 

Chérif Mballo

Chercheur


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