Organisateur : Direction des Affaires Religieuses et de l’Intégration des Certificats de Langue Arabe – Présidence de la République du Sénégal
Au Sénégal, le discours religieux est considéré comme un facteur fondamental de promotion de la citoyenneté et de la cohésion sociale.
Intervenant : Cheikh Cherif MBALLO
Président du Conseil suprême des Ahl-ul-Bayt chiites (sur eux la paix) au Sénégal
Louanges à Dieu du commencement de ce monde à sa fin, et de l’au-delà à sa pérennité. Que la prière et la paix soient sur le soutien pur, immaculé et victorieux, Abou al-Qasim al-Mustafa Muhammad, sur sa famille pure et immaculée et sur ses nobles compagnons.
J’adopterai une approche plus réaliste et technique pour présenter un aperçu du discours religieux et de son rôle dans la promotion de la cohésion et de la coexistence, à travers un dialogue permanent entre les communautés sociales, culturelles et religieuses, et proposer des propositions concrètes pour atteindre cet objectif.
Le rôle du discours religieux dans la cohésion sociale et la citoyenneté
Au Sénégal, pays laïc à majorité religieuse, les chefs religieux jouent un rôle d’« organisateurs sociaux ». Leurs discours sont écoutés et suivis par des milliers de fidèles, ce qui leur confère une influence significative dans l’apaisement des tensions et les appels au calme, comme on le constate en période de crise sociale et politique. L’État reconnaît officiellement ce rôle et œuvre à établir une coopération structurelle avec tous les acteurs religieux afin de maintenir la cohésion nationale.
D’un point de vue religieux, l’islam intègre pleinement les concepts de citoyenneté et de pensée civique. Le concept de « Dar al-Islam » (Maison de l’Islam) reflète la citoyenneté, où ses habitants jouissent des mêmes droits et devoirs et sont appelés au respect mutuel et à l’environnement. La pensée civique, en tant que bon comportement en société, fait partie intégrante de l’éducation islamique, comme en témoigne le hadith : « J’ai été envoyé pour parfaire les bonnes mœurs. »
Suggestions pratiques pour renforcer le discours religieux sur la citoyenneté
Pour renforcer cette contribution, plusieurs mesures concrètes peuvent être mises en œuvre, en s’appuyant sur les initiatives de l’État et les enseignements islamiques.
Organisation de séminaires sur le discours religieux : Comme c’est le cas actuellement, l’État peut officiellement inviter des entités religieuses, y compris des églises, à participer à des séminaires destinés aux prédicateurs.
L’objectif est de promouvoir un discours unifié et responsable. Le Saint Coran recommande également : « Soyez modérés dans votre allure et baissez la voix. Le plus désagréable des sons est le chant des ânes. » Sourate Luqman, verset 19
Ce verset répond au conseil de Luqman à son fils, l’appelant à la modération dans sa démarche et à la modestie dans sa voix. Il stipule : « Ce verset signifie qu’il faut marcher modestement, sans arrogance ni fierté, et qu’il faut baisser la voix sans l’élever, car la voix la plus forte, la plus laide et la plus agaçante est celle de l’âne. Ceci constitue un avertissement contre le fait d’élever la voix inutilement. »
Encourager l’éducation civique et environnementale : Les prédicateurs peuvent intégrer à leurs sermons des enseignements qui lient directement la foi aux devoirs civiques.
L’islam insiste sur le fait de ne pas nuire aux passants et de maintenir la propreté des rues, ce qui est considéré comme un acte de charité. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Enlever les saletés de la route est une charité » et « Supprimer l’appel à la prière de la route est un moyen de sécurité. » Ces enseignements combattent directement l’impolitesse et l’occupation incontrôlée de la voie publique. En islam, si un lieu de culte, comme une mosquée par exemple, est situé sur la voie publique et risque d’entraver la circulation des personnes et des biens, il doit être démoli pour le bien public, indépendamment de la religion ou de l’appartenance en général.
· Sensibilisation par les médias : Les médias sénégalais peuvent développer des programmes interactifs et des dialogues mettant en avant les valeurs communes et la nécessité du dialogue, éclairant ainsi les fidèles des différentes religions.
Cela contribue à lutter contre l’ignorance et les préjugés.
· Modernisation des cités religieuses et intégration des diplômés arabes : L’État a mis en place un comité pour moderniser toutes les cités religieuses, dans le but d’instaurer l’égalité entre tous les centres. Parallèlement, il est crucial de développer un programme efficace d’intégration sociale et économique des diplômés en langue arabe. L’objectif est d’en faire des « employeurs, et non des employés » en finançant leurs projets entrepreneuriaux, contribuant ainsi à la stabilité sociale.
· Former les chefs religieux à la communication moderne que j’ai mentionnée, à savoir la parole du Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « Craignez Dieu où que vous soyez. » « Suivez une mauvaise action par une bonne, ce qui l’effacera, et traitez les autres avec politesse », est l’une des paroles du Prophète (paix et bénédictions sur lui) qui résument les valeurs morales nobles. Elle fait référence à trois commandements fondamentaux : craindre Dieu en privé et en public, suivre une mauvaise action par une bonne pour en effacer les conséquences, et bien traiter les autres.
Former les chefs religieux aux méthodes de communication qui favorisent cette vertu peut renforcer l’effet apaisant de leurs interventions publiques.
Comment former les chefs religieux aux méthodes de communication modernes et sereines ?
Comme nous le savons tous, il s’agit d’une proposition concrète susceptible d’améliorer considérablement l’impact de leur message de paix et de cohésion sociale.
Cette formation doit être structurée et ancrée dans les valeurs islamiques et des méthodes de communication éprouvées.
Les fondements doctrinaux et prophétiques de la communication vertueuse
Avant d’aborder les techniques, il est important de rappeler que l’art de la bonne communication, ou l’éloquence et la fluidité, est un guide coranique et la Sunna du Prophète.
Le verset est le suivant : {Par miséricorde d’Allah, vous êtes indulgents envers eux. Si vous aviez été grossiers et durs de cœur, ils se seraient dispersés parmi vous. Pardonnez-leur donc, implorez pardon pour eux et consultez-les à ce sujet. Et lorsque vous aurez pris une décision, confiez-vous à Allah. Allah aime ceux qui placent leur confiance en Lui.} (Al-Imran : 159). Ce verset exhorte le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) à être indulgent envers ses Compagnons. Cela indique que sa miséricorde envers eux était ce qui le rendait doux envers eux, et que toute dureté de sa part les aurait dispersés autour de lui. Le verset ordonne de pardonner leurs erreurs, de demander pardon pour eux, de les consulter sur les questions, puis de placer sa confiance en Dieu après avoir pris une décision.
· La douceur dans la parole est très importante : ce verset souligne également que la douceur est une condition pour unir et réconcilier les cœurs.
Paroles bienveillantes :
Et ordonne à Mes serviteurs de dire ce qui est le meilleur. En vérité, Satan sème la discorde parmi eux. En vérité, Satan a toujours été un ennemi déclaré pour les hommes. (5 [Al-Isra : 53]) Ce verset ordonne aux croyants de parler avec gentillesse, douceur et politesse, indiquant que la gentillesse est la meilleure chose à dire. Il met également en garde contre le fait que Satan sème la discorde entre les gens et incite à l’inimitié, car il est un ennemi des hommes.
* L’ordre de parler avec gentillesse : « Et ordonne à Mes serviteurs de dire ce qui est le meilleur. »
Le meilleur discours est celui qui est sincère, bienveillant et bénéfique.
· L’exemple du Prophète : Sa biographie regorge d’exemples de communication non violente. Il écoutait attentivement, même ses critiques. Il choisissait toujours les mots les plus beaux et ne les interrompait jamais. Il disait : « Quiconque croit en Allah et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou se taise. » (Boukhari et Mouslim).
Modules de formation pratique pour les leaders religieux
1. Communication non violente (CNV) adaptée au contexte religieux
Objectif :
Transformer les réactions émotionnelles et critiques en expressions de besoins et de sentiments.
Exercice pratique :
Apprendre à recadrer un message agressif. Au lieu de dire : « Les jeunes d’aujourd’hui ne respectent pas les autres », le conseiller peut apprendre à dire : « Je suis anxieux face au manque de respect, car j’ai besoin que notre société préserve les valeurs de respect mutuel que notre religion nous inculque. »
2. Psychologie des foules et gestion du stress
Objectif : Comprendre les mécanismes émotionnels des groupes pour mieux les apaiser.
Le chef religieux doit comprendre l’objectif et les avantages de la psychologie des foules, qui étudie l’évolution des comportements individuels au sein d’un groupe : amplification des émotions, diminution de la pensée rationnelle et sensibilité accrue aux leaders charismatiques.
Pour gérer les tensions, le chef religieux peut :
1. Utiliser une communication non verbale apaisante : une posture calme, une voix posée, des gestes lents.
2. Recadrer et accentuer les sentiments : « Je vois ta colère… » pour apaiser les tensions émotionnelles.
3. Proposer des histoires fédératrices et des symboles motivants.
4. Canaliser l’énergie vers des actions positives (prières, projets communautaires).
5. Identifier et s’adresser aux « leaders naturels » pour apaiser le groupe.
Technique clé : « Désescalade verbale » : parler plus calmement, utiliser le silence contrôlé et éviter la confrontation directe. Comme le dit le Coran : « Repoussez le mal par ce qui est meilleur » (Sourate Al-Fatihah, verset 34).
Exercice pratique : Pratiquer la désescalade verbale.
Comment utiliser le silence, une voix calme et des pauses franches pour apaiser les tensions lors d’un sermon ou d’une allocution publique tendus.
3. Être parent et l’art de raconter des histoires
Objectif :
Rendre le message plus percutant et mémorable en s’inspirant de l’approche coranique.
Exercice pratique : Apprendre à construire un sermon basé sur une histoire éducative (comme dans les sourates coraniques), avec un début clair, une séquence logique et une leçon apprise qui promeut la citoyenneté (par exemple, l’histoire de la fraternité entre les Mouhajirins et les Ansar de Médine, un modèle de cohésion sociale et de coexistence pacifique avec les tribus juives de Médine).
4. Maîtriser les médias et les réseaux sociaux
Objectif :
Éviter les malentendus et la propagation involontaire de la haine.
Exercice pratique :
Ateliers sur la rédaction de messages sur les réseaux sociaux : comment être concis sans être dur, comment répondre avec discernement aux commentaires provocateurs et comment utiliser les images pour promouvoir la paix. Rappel du verset : « Ô vous qui avez cru ! Si un mécréant vous apporte une information, vérifiez… » (Sourate Al-Hujurat, verset 6).
5. Écoute active et dialogue interreligieux
Objectif :
Promouvoir la « coexistence » en apprenant à écouter et à comprendre les points de vue des autres, y compris ceux des adeptes d’autres confessions ou des non-croyants.
Exercice pratique :
Jeux de rôle, où les chefs religieux doivent reformuler avec précision le point de vue d’une personne d’une autre confession, en s’assurant qu’elle le comprenne bien avant de répondre. Ceci incarne le principe de justice : le verset 8 de la sourate Al-Ma’idah aborde le commandement de la droiture et de la justice. Ce verset exhorte les croyants à défendre Dieu par un témoignage juste et à ne pas laisser la haine d’un peuple les conduire à abandonner la justice. Il souligne que la justice est plus proche de la piété et que Dieu est Omniscient de ce qu’ils font.
« Ô vous qui avez cru ! Soyez fidèles à Allah, témoins de la justice. Et que la haine d’un peuple ne vous empêche pas d’être justes. Soyez justes, c’est plus proche de la droiture. Et craignez Allah. Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » Mise en œuvre et partenariat
Pour que cette formation soit fiable et efficace, elle pourrait être mise en œuvre par une coalition de :
· Instituts islamiques (tels que l’Université Al-Azhar, Al-Gharawiya, Al-Zaytouna, Najaf, Qom ou des institutions sénégalaises) pour la légitimité religieuse ;
· Facultés de psychologie et des sciences de la communication (Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI), où les journalistes sont formés aux techniques et à l’art de la communication et de la transmission de l’information) pour l’expertise technique ;
· ONG spécialisées dans la résolution des conflits et la consolidation de la paix.
En combinant la sagesse islamique intemporelle aux outils de communication modernes, les chefs religieux sénégalais peuvent acquérir davantage de pouvoir pour construire une société sénégalaise unie, où foi et citoyenneté active se renforcent mutuellement.
Conclusion
En s’appuyant sur les textes sacrés de l’islam et en renforçant la coopération entre l’État et les communautés religieuses, le Sénégal peut consolider son modèle de coexistence pacifique. Promouvoir un discours religieux éclairé, axé sur la responsabilité civique et le bien commun, est un pilier fondamental pour favoriser une citoyenneté sénégalaise active et une cohésion sociale durable.











