Il est des paroles qui ne sont pas dites seulement pour leur temps, mais pour les générations. Des paroles nées de la foi de ceux qui les portent, puis qui vont au-delà de l’instant, jusqu’à devenir partie de la mémoire d’une patrie et de son histoire.
« Le Liban est une patrie définitive pour tous ses fils » : parole qui ne fut point un slogan passager, mais la vision de l’Imam pour le Liban et sa foi en lui comme patrie rassembleuse qui ne s’accomplit qu’avec tous ses fils. Il y vit ce que beaucoup furent incapables de voir en un temps chargé de divisions et d’inquiétude quant au destin. Et voici que la parole sortie d’un cœur qui aima cette patrie traversa le temps pour se fixer dans le préambule de sa Constitution, et se muer d’une position qu’il exprima en un pacte constitutionnel qui résume le sens du Liban et le droit de ses fils en son sein.
Et dans une lettre où prédominent la nostalgie et la fidélité, adressée par le professeur Fayez El-Hajj Chahine, l’une des figures éminentes de la magistrature libanaise et de ses hautes références juridiques et intellectuelles, à la famille de l’Imam Moussa Sadr, il fit revivre cette parole et évoqua son auteur avec beaucoup d’estime et de fidélité ; comme si la lettre, en sa profondeur, n’était pas de simples mots adressés à la famille, mais un hommage de gratitude à l’Imam en la commémoration de sa disparition et de celle de ses deux compagnons.
Car les patries, quelque lourd que soit le poids des jours, n’oublient pas ceux qui portèrent leur souci dans leurs cœurs, n’oublient pas ceux qui crurent en elles avant que d’autres n’y croient, et n’oublient pas ceux qui virent leur avenir dans leur unité et dans la dignité de leurs fils.
Et peut-être la plus grande chose que l’on puisse dire d’un homme est que sa parole demeure vivante après sa disparition ; qu’elle soit reprise dans les lettres, racontée aux générations, et qu’elle se transforme d’une idée dans la conscience de son auteur en un pacte dans la conscience d’une patrie.








