Voici le thème que j’ai présenté au Séminaire /Atelier pour 2 jours(13 et 14 octobre 2025) sur le thème général : » Les lois discriminatoires a l’égard des et des filles Femmes au Sénégal » ,organisé par la Fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung en collaboration avec le Conseil Sénégalais des Femmes,l’Alliance pour une , la Direction des Droits humains le Parlement Senegalais,le Ministère de la Justice, la Société civile et les associations religieuses de du Sénégal
Thème :
« Notion de Droit de l’Homme en Islam : Définition ,historique,généralités, caractéristiques et principes fondamentaux , notion d’abus et de violation en Droits de l’homme et mécanismes y compris ceux spécifiques aux femmes et aux enfants ,rôle de l’Etat dans la mise en œuvre »
Cheikh Cherif MBALLO
Président du Conseil Supérieur des Chiites Ahl-Al-Bayt (as) au Sénégal
Et par ailleurs
Vice Président du Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal
Introduction:
En Islam, les droits de l’homme sont perçus comme des privilèges divins accordés à l’homme pour honorer sa dignité. Ils sont ancrés dans le Coran et les traditions prophétiques (Sunnah), et englobent des droits fondamentaux tels que la vie, la dignité, la justice, l’égalité, la liberté d’expression et de religion. Historiquement, l’Islam a établi un cadre de droits et de devoirs visant à garantir la protection, la liberté et la dignité de l’individu dès sa naissance.
Voici une présentation structurée et détaillée de la notion des Droits de l’Homme en Islam, répondant à tous les points que vous avez soulevés.
Notion de Droits de l’Homme en Islam
1. Définition
Dans la perspective islamique, les Droits de l’Homme (en arabe : Ḥuqūq al-Insān, حقوق الإنسان) sont des droits inhérents et inaliénables, accordés par Dieu (Allah) à chaque être humain, indépendamment de sa race, de sa nationalité ou de sa religion. Ils ne sont pas concédés par un État ou une assemblée législative, mais sont de nature divine. Ils font partie intégrante de la Loi sacrée (Shari’a) et sont considérés comme des obligations religieuses que la communauté (Ummah) et l’État doivent respecter et faire appliquer.
Le fondement philosophique est que l’humanité a été créée par un Créateur unique, ce qui confère une dignité égale et sacrée à chaque individu (karāmah, كرامة).
2. Historique
L’émergence des Droits de l’Homme en Islam est intrinsèquement liée à la révélation coranique et à la mission du Prophète Mohammed (ﷺ).
· 7ème siècle : La Révolution Coranique : Dans une société arabe pré-islamique (Jahiliyya) marquée par l’oppression tribale, l’esclavage, l’enterrement des filles vivantes et l’absence de droit pour les faibles, l’Islam a apporté un changement radical.
· Discours d’Adieu du Prophète (632) : Considéré comme une première « charte des droits humains », il énonce clairement l’inviolabilité de la vie, des biens et de l’honneur de chaque personne, l’égalité entre les hommes et l’abolition des privilèges raciaux et tribaux.
· La Constitution de Médine (622) : Premier document politique de l’État islamique, il a établi un pacte entre les musulmans, les juifs et les autres tribus de Médine, garantissant la liberté religieuse et des droits et devoirs communs, formant ainsi une nation pluraliste basée sur la citoyenneté et non sur la foi.
· Périodes califales : Les califes bien-guidés (Rashidun) et les dynasties suivantes ont développé une jurisprudence (Fiqh) détaillée encadrant les droits des individus. Des pratiques comme la protection des « Gens du Livre » (Ahl al-Kitab) ou le célèbre décret d’Omar ibn al-Khattab garantissant la sécurité des habitants de Jérusalem sont des exemples historiques.
3. Généralités et Caractéristiques
· Source Divine : Leur source est transcendante (le Coran et la Sunna), ce qui leur confère un caractère sacré et permanent, non soumis aux caprices des majorités politiques.
· Universalité sous l’égide de Dieu : Ils s’appliquent à toute l’humanité en tant que créatures de Dieu, mais dans un cadre qui reconnaît la souveraineté divine.
· Intégralité et Équilibre (Mīzān) : Les droits sont équilibrés par des devoirs envers Dieu, la société, la famille et soi-même. Ils couvrent tous les aspects de la vie : spirituel, moral, économique, social et politique.
· Indivisibilité : Il n’y a pas de séparation stricte entre les droits civils et les devoirs religieux. Le droit à la vie, par exemple, est à la fois un droit légal et une obligation religieuse.
· Réalisme et Practicabilité : La Shari’a prend en compte la nature humaine et les réalités sociales, établissant des droits qui sont réalisables et proportionnés.
4. Principes Fondamentaux
1. Le Droit à la Vie (Ḥaqq al-Ḥayāh) : La vie humaine est sacrée. Le Coran assimile le meurtre d’une personne innocente au meurtre de l’humanité toute entière (Coran 5:32).
2. La Liberté de Religion (Ḥurriyyat al-‘Aqīdah) : « Nulle contrainte en religion » (Coran 2:256). L’Islam reconnaît le droit de choisir sa foi, même s’il encourage la propagation de son message.
3. La Dignité et l’Égalité (Al-Karāmah wa Al-Musāwāh) : « Nous avons honoré les fils d’Adam » (Coran 17:70). Tous les humains sont égaux devant Dieu, la seule distinction étant dans la piété (Taqwā).
4. Le Droit à la Justice (Ḥaqq al-‘Adl) : L’équité et le juste procès sont des obligations absolues, même envers ses ennemis.
5. Le Droit à la Propriété (Ḥaqq al-Milkiyyah) : La propriété privée est protégée. L’usurpation, le vol et la fraude sont strictement interdits.
6. La Protection de l’Intellect et de la Descendance : Cela implique l’interdiction des substances intoxicantes (protection de l’intellect) et la mise en place de lois sur le mariage et la famille pour protéger la lignée.
7. Le Droit à la Solidarité Sociale : La charité (Zakāt) est un pilier de l’Islam, instituant un droit pour les pauvres sur la richesse des nantis.
5. Notion d’Abus et de Violation
Un abus ou une violation des droits de l’homme se produit lorsqu’un de ces principes divins est transgressé, que ce soit par un individu, un groupe ou l’État. Cela inclut :
· L’oppression (Dhulm) : Toute forme d’injustice, qu’elle soit politique, sociale ou économique.
· La privation des droits fondamentaux : Refuser l’accès à la justice, à l’éducation, à la subsistance.
· La torture et les traitements dégradants : Expressément interdits par le Prophète (ﷺ).
· La calomnie et l’atteinte à l’honneur : Considérées comme des péchés majeurs.
6. Mécanismes de Protection
· Mécanismes Généraux :
· La Hisbah : Institution de « recommander le bien et interdire le mal », qui inclut un ombudsman chargé de veiller au respect des droits dans l’espace public et les marchés.
· Le Maẓālim : Tribunaux des griefs permettant aux citoyens de porter plainte contre les abus de pouvoir des gouverneurs et des fonctionnaires.
· L’Ijtihād : L’effort d’interprétation juridique permet d’adapter les principes généraux aux nouvelles formes de violations.
· La Législation Pénale (‘Uqūbāt) : Elle agit comme un dissuasif pour protéger les droits fondamentaux (loi du talion pour la vie, peines pour vol, etc.).
· Mécanismes Spécifiques aux Femmes :
· Droit à la Propriété et à l’Héritage : Dès le 7ème siècle, l’Islam a garanti aux femmes le droit de posséder, d’hériter et de gérer leurs biens indépendamment de leur mari.
· Droit au Consentement au Mariage : Un mariage est invalide sans le consentement de la femme.
· Droit à l’Éducation et au Travail : L’éducation est une obligation pour tout musulman, homme et femme. La femme a le droit de travailler dans le respect des règles de pudeur.
· Droit de Garde (Ḥaḍānah) : La mère a la priorité pour la garde des jeunes enfants en cas de séparation.
· Mécanismes Spécifiques aux Enfants :
· Droit à la Vie et à la Protection : L’infanticide, surtout des filles, est sévèrement condamné.
· Droit à la Filiation Légitime (Nasab) : La préservation de la lignée de l’enfant est primordiale.
· Droit à l’Entretien et aux Soins : Le père est financièrement responsable de l’enfant.
· Droit à l’Éducation et à une Éducation Vertueuse : Les parents sont responsables de l’éducation morale et religieuse de l’enfant.
· Droit à la Clémence et à la Protection contre les Abus : Le Prophète (ﷺ) a montré un grand amour et une grande douceur envers les enfants.
7. Rôle de l’État dans la Mise en Œuvre
L’État islamique (Khilāfah ou Imamah) est le garant principal de la mise en œuvre des Droits de l’Homme. Son rôle est celui de « vicaire » (Khalīfah) de Dieu sur Terre pour établir la justice.
1. Application de la Shari’a : Le premier devoir de l’État est d’appliquer la Loi islamique dans son intégralité, car elle incarne ces droits.
2. Garant de la Justice et de l’Équité : L’État doit établir un système judiciaire indépendant et accessible à tous pour trancher les litiges et protéger les droits des citoyens.
3. Protection des Libertés Fondamentales : Il doit garantir la sécurité des personnes, leurs biens, leur honneur et leur liberté de culte pour les non-musulmans.
4. Lutte contre l’Oppression (Dhulm) : L’État a l’obligation d’intervenir pour mettre fin à toute forme d’injustice au sein de la société.
5. Solidarité Sociale et Équité Économique : Par la collecte et la redistribution de la Zakāt (aumône légale) et d’autres mécanismes, l’État doit assurer un niveau de vie décent à tous et lutter contre la pauvreté.
6. Éducation et Sensibilisation : L’État doit éduquer la population sur ses droits et devoirs tels que définis par l’Islam.
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Conclusion : La conception islamique des Droits de l’Homme offre un cadre complet et intégré, ancré dans la foi. Si des divergences d’interprétation et des écarts de mise en pratique existent dans le monde musulman contemporain, les principes fondamentaux restent une référence puissante pour les réformateurs et les défenseurs des droits au sein des sociétés musulmanes.











