Pour l’évoquer aujourd’hui avec vérité- et sans doute jusqu’à la mort thermique de l’univers-, le défilé militaire sur le Boulevard de l’indépendance, avec fanfare, exhibition d’aptitude physique, pas cadencés comme dans un ballet répété dans un conservatoire, malgré les menaces criminelles sur Bamako, malgré les démonstrations de forces surfaites à nos frontières, les « bagabaga » et les numéros de « yogoro », les proférations d’injures et d’anathèmes contre le Mali, fut un indéniable arc-en-ciel patriotique. Les Maliens avaient en effet fait, depuis des années, leur deuil de l’évènement galvanisant la foi en soi et les ardeurs. Ils sont de de plusieurs générations : celle des anciens colonisés qui résistent encore à l’appel du départ définitif, celle de ceux qui ont vu le jour avec l’indépendance, celle de ceux des années qui ont suivi 20 à 30 ans après et celle de ceux qui vont vers la maturité. En dépit des séances de répétition des préparatifs, malgré le parement des arbres aux couleurs nationales, les tentes dressées la veille, une certaine communication hostile orchestrée depuis des officines localisées loin ne s’essouffla point pour faire croire que tout n’est que mise en scène afin d’annuler in extrémis pour raison d’assaut terroriste d’une envergure jamais connue sur les terres du vieil empire en réveil. Et voilà que les Goebbels ont bien rêvé, mais les Maliens ont vécu, eux, leur plus beau rêve dans la réalité ! C’est qu’ils ont une armée, une vraie, qui peut être trahie, mais qui reprendra toujours l’histoire en main. Ce qui s’est déroulé sur le Boulevard de l’indépendance ce lundi, 22 septembre 2025 sous les yeux du monde entier, nous remet en mémoire, avec une tristesse adoucie avec les couleurs de la joie et de la joie, les mots du Commandant de la Base Aérienne 101 de Sénou prononçant l’oraison funèbre à l’occasion du tragique accident d’hélicoptère qui a arraché à notre armée le jeune Lieutenant Mamadou Fofana (29 ans) le e 22 avril 2023 : « Dans la vie des grandes Nations, il y a des évènements historiques qui marquent l’évolution de la communauté, révèlent le caractère de son peuple et définissent l’identité même de la nation. Qu’ils soient heureux ou malheureux, ces évènements ont presque toujours un lien avec l’armée nationale. Notre pays traverse actuellement une de ces périodes ponctuées de moments de joie et d’épisodes de tristesse. La journée du samedi, 22 avril 2023, a été, à elle seule, un résumé de cette période, avec ses peines et ses inquiétudes, mais aussi et surtout l’espoir qui renaît… » L’espoir qui renaît ! En effet, sept mois après l’accident de l’hélicoptère Mi-24D immatriculé TZ-01H, la vaillante Armée malienne libéra Kidal le 14 novembre 2023, déjouant les pronostics de Lecornu, alors ministre français de la défense, qui croyait avoir entre ses mains d’imparables éléments pour annoncer la partition du Mali dans les toutes petites semaines à venir. Le général Kéba Sangaré, chef d’état-major général adjoint des Armées, avait pu promettre des surprises aux Maliens le jour-J. Nous en avons eues, de très rassurantes. Nos FAMas disposent d’armes insoupçonnées, pas besoin d’en montrer toutes, mais le militaire le militaire qui a la tête la plus obtuse sur la terre a bien compris que, s’il le faut, nos missiles iront, jusqu’au-delà de la Méditerranée, jusqu’au-delà de l’Atlantique, corriger les ennemis du Mali Voulez-vous l’Armageddon au Mali ? Venez, vous y aurez vos tombes ! Dans la leçon inaugurale qu’elle prononça le 29 décembre 2023 à l’occasion de la rentrée de la troisième promotion de notre Ecole de Guerre, quelques 45 jours après la libération historique de Kidal, Pr. Sogoba Jacqueline Konaté mentionna la certitude exprimée en 2018 par Dr. Seydou Badian Kouyaté : «…Ce n’est pas possible de nous vaincre éternellement. C’est une affaire d’un temps, nous avons tout le temps pour nous préparer, nous réarmer et pour combattre. Combattre, c’est notre habitude. Nous savons ce qu’est combattre.
Nous ne sommes pas nés d’aujourd’hui, ni d’hier. Nous sommes profondément ancrés dans la terre de nos ancêtres ». « Et si la flamme s’éteignait ? », interrogeait l’écrivain Massa Makan Diabaté. Les FAMAs répondent : « La flamme ne s’éteindra jamais ! »
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 722 du mardi, 23 septembre 2025.








