Il ne s’agit pas d’atteinte au crédit de l’État, bien au contraire, ce dont il est question, c’est de préserver le crédit de la patrie, pour le bonheur des générations présentes et futures, et pour toute l’AES. Ce que l’OMVS a annoncé à l’issue de sa 78ème session ordinaire des 30 et 31 janvier 2026 n’est rien de moins qu’un acte crapuleux de la part d’une institution commune. C’est retirer au Mali son bœuf, au nez et à la barbe des Maliens, en lui offrant juste un gigot et pour l’applaudir dans sa danse. Nos compatriotes, fort avisés, ont abondamment averti sur la grande arnaque en préparation avancée depuis des années, depuis la création même de l’OMVS. M. Boubacar Touré, ancien du système des Nations unies et éminent juriste officiant au Canada, a livré dans nos colonnes l’argumentaire nécessaire qu’il a écrit avec un autre de nos compatriotes bien au fait de la question, lui aussi vivant au Canada. Monsieur Bréhima Traoré, expert respecté, a même écrit un livre : “Le Mali n’est pas un pays enclavé” pour prémunir les nôtres de l’erreur de succomber aux sirènes de l’OMVS. Colonel-major des Douanes à la retraite, Ousmane Bakary Diarra, a plusieurs fois lancé l’alerte et les mises en garde dans nos colonnes, etc. Malheureusement, l’OMVS a réussi son coup d’attraper son nigaud, le Mali.
L’annonce a été bien emballée, aux accents propagandistes, sans gêne de mentir : “Le Mali aura bientôt accès à la mer avec le lancement, en avril 2026, de la première phase du projet de navigation. Un mandat a été donné à la Société de Gestion et d’Exploitation de la Navigation (de l’OMVS) pour engager les travaux de dragage, de balisage du fleuve Sénégal ainsi que la réhabilitation des escales. Ce projet, d’un montant de 7,38 milliards, permettra au Mali d’accéder directement à la mer à partir de Saint-Louis, et les navires pourront acheminer les marchandises jusqu’à Ambidédi, dans la région de Kayes”. Ainsi, a-t-on cru fermer le piège. Mais il n’est pas question pour le Mali de simple navigation sur le Sénégal, ce dont il est question et que le droit international reconnaît au Mali, la conférence de Berlin de 1884-1885 le lui reconnaît également, c’est son port fluviomaritime d’Ambidédi.
L’histoire de ce port, qui a permis durant plus de 100 ans à la France de ravitailler sa colonie du Soudan Français, est sa fermeture juste le jour de l’éclatement de la Fédération du Mali (Sénégal-Soudan Français) pour qu’il ne puisse point servir le Soudan récalcitrant. Son histoire est riche de promesses, au regard de l’avènement de l’AES. Le port d’Ambidédi, depuis les premières heures de la colonisation française, a été conçu pour être un port fluvial international intégré aux circuits maritimes mondiaux, permettant au Soudan Français de devenir un acteur direct du commerce maritime mondial, sans dépendre 6d’un port étranger. Cette réalité n’est pas née de rien, des ports fluviomaritimes du genre existant avant en Europe, en Amérique, en Asie. La reprise du port fluviomaritime d’Ambidédi permettra, selon tous experts consultés, de réduire les coûts logistiques de 30 à 40%, à supprimer les frais de transit et à améliorer la compétitivité industrielle et agricole du Mali. Pour des opérateurs économiques d’un certain âge, cette vérité n’est pas niable, le Mali ayant déjà connu ce trafic fluvio-maritime florissant au port de Kayes jusqu’en 1960, avec des bateaux de mer qui naviguaient jusqu’à Kayes, transportant des marchandises et des produits locaux, traffic qui n’a été bloqué que le 29 août 1960, date de l’éclatement de la Fédération du Mali, déroutant ainsi les bateaux vers d’autres ports côtiers. “Ce qui a été annoncé par l’OMVS le 31 janvier 2026, dit un expert, c’est en fait le deuxième blocage, définitif celui-là, si le Mali ne réagit pas contre, car c’est en réaction à la maturation de l’AES. Hier, c’était contre le Soudan Français devenu République du Mali, aujourd’hui c’est contre l’AES dont le même Mali est membre… C’est très facile à comprendre, ce piège…” Le projet d’Ambidédi est en effet considéré comme un outil fédérateur de souveraineté collective pour les pays de l’AES. Le piège tant décrié apparaît ainsi clairement à l’écran. Il s’agit de la construction d’un pont coupant le parcours navigable à Ambidédi, l’élimination donc du Port Fluviomaritime de Kayes, jadis capable de recevoir des bateaux fluviomaritimes occidentaux (Ex: CAP, Lopez, Galliéni, Archinard, Bani, Le Brière de l’Ile, Le Soudan) capables de voguer en pleine mer et sur les fleuves ; la construction perfide d’un port qui n’est capable de recevoir que des Barges ou des Trains de Barges, contrairement au Port Fluviomaritime de Kayes, capable de recevoir des bateaux fluviomaritimes, sans nécessité de transbordement à Saint-Louis, est une tricherie, L’OMVS s’est tout simplement organisée à piéger le Mali, avec la construction d’un port dont la capacité d’accueil n’arrange pas nos opérateurs économiques qui ne sont pas prêts pour un transbordement des bagages à Saint-Louis, au risque des tracasseries, des pertes de colis, des détériorations de bagages, des pertes de temps, et surtout le transbordement des Armes et autres Équipements Militaires recommandant la discrétion absolue, Nos trois États partenaires peuvent se frotter les mains : le Mali sera éternellement contraint d’utiliser leurs ports. Pour mieux comprendre que toute l’opération vise tout simplement à empêcher pour de bon la reprise du port fluviomaritime d’Ambidédi, il faut rappeler que Dubaï Port, le partenaire du Port de Dakar, voulait faire d’Ambidédi un port sec. La Banque Mondiale avait même financé les études de faisabilité de ce Port sec d’Ambidédi en 2007. Entre les lignes qui prennent en compte le fleuve Sénégal et son avenir, on sait définitivement que pour le rendre navigable, il faut, de nos jours, plus de 500 milliards de FCFA au lieu du modique montant de 7,38 milliards CFA. En résumé, le Mali va brader son potentiel de Port d’Ambidédi en fermant les yeux sur la construction d’un pont qui séparera cette localité de Kayes, avec le préjudice énorme que le port de Kayes sera réduit à sa plus simple expression, alors qu’il est capable d’accueillir les bateaux fluviomaritimes venant directement de l’Occident, sans transbordement de contenus à Saint-Louis.
Amadou N’Fa Diallo
PS : Nous présentons nos sincères excuses à nos abonnés et lecteurs pour notre éditorial n° 757 du jeudi passé pour les nombreuses coquilles qui s’y sont glissées. En fait, c’est la copie non relue et non corrigée, écrite par ailleurs sur un clavier anglais, qui a été envoyée par erreur au PAO.
Source : journal Le National n° 758 du lundi, 09 février 2026.











