Un officiel burkinabè, voix autorisée de l’AES, a annoncé l’excellente nouvelle trop attendue par les populations des trois pays liés dans la Charte du Liptako-Gourma : la Confédération va se libérer du franc CFA et de ses servitudes. Tant mieux, perspective dans l’AES ne pouvait être envisagée avec une solennité qui s’impose comme décision à mettre en exécution dans les meilleurs délais, faut-il pour cela accélérer la démarche pour se prémunir des tacles impérialistes qui ne manqueront pas. La question n’est plus de savoir s’il faut reformer le franc CFA, ce qui importe et qui urge, c’est de l’abandonner purement et simplement pour d’évidentes raisons qu’il ne sert pas les intérêts des pays qui l’utilisent, que ce soit en territoire UEMOA ou dans l’espace CEMAC, deux zones monétaires où il est dans l’anachronisme de ne pouvoir s’échanger, pas du tout. Sous le réquisitoire de « monnaie nazie », le Professeur ivoirien, Nicolas Agbohou, n’a cessé de consacrer des trésors d’énergie et d’arguments scientifiques à la dénonciation d’une monnaie qui ne peut être que nuisible aux Africains. Le portrait congénital du franc CFA laisse apparaître clairement qu’il est pour les anciennes colonies françaises d’Afrique de l’ouest l’exacte arnaque monétaire que les anglo-saxons voulaient imposer, durablement- sinon sans fin-, à la France qu’ils ont aidée, comme les Africains et les Asiatiques, à libérer du joug hitlérien. L’Oncle Sam et le play-boy british, estimant la France incapable de se gérer toute seule après la deuxième Guerre mondiale, avaient en effet conçu pour l’Hexagone une administration à leur guise, l’AMGOT (Allied Military Government of Occupied), clairement un projet d’occupation, car la France avait aussi, dans certaines de ses régions, des bassins d’acier et d’autres potentiels économiques. Une fausse monnaie AMGOT, sous forme de dollar tricolore, avait donc été conçue pour la France. Elle aura même cours pendant la durée du gouvernement provisoire de la République Française, du 26 août 1944 au 16 janvier 1947, durant presque trois ans. Au nom de la souveraineté française, De Gaulle s’insurge contre cette monnaie de singe et la présence militaire américaine sur le sol français. Il gagne. Et c’est pourtant lui qui conçoit une monnaie prédatrice pour les colonies françaises, le franc CFA, fabriqué en France, à Chamalières, non utilisable en France et, depuis l’avènement de l’Euro, arrimé à cette monnaie européenne parce que garantie par la même France. Un paradoxe, crime économique et financier, que l’on peut plus dissimuler. Un cancer dont la France s’est prémunie, mais avec lequel elle n’arrête pas de frapper ses ex-colonies depuis quatre-vingts ans ! Mais un lion a surgi : l’AES. Les trois nations qui composent l’Alliance sont matures, suffisamment éclairées et dignes. Leur espace, ce sont de grands pays miniers, qui disposent de potentiels à ciel ouvert, contrairement à d’autres zones sur la planète où les mines sont dans des profondeurs difficiles. Le Niger est le deuxième producteur africain de l’uranium (235 millions de tonnes d’uranium métal à Imouraren) et, depuis 2024, il producteur de pétrole qu’il arrive à raffiner et à exporter. En plus, Le Mali est troisième producteur d’or en Afrique, le Burkina est le quatrième producteur, si fait que leurs productions aurifères mises ensemble classent l’AES en première place, devant le Ghana, le premier producteur africain d’or. Récemment, dans son discours lors du débat général de la 80ème session de l’Assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre malien, général de division Abdoulaye Maïga, déclina les bonnes données géopolitiques et géostratégiques de l’AES : « La Confédération des Etats du Sahel fonde ses ambitions de développement sur des atouts indéniables : un territoire vaste de 2 800 000 kilomètres carrés et une population de 75 millions d’habitants, dont la majorité est composée de jeunes. A cela s’ajoute sa diaspora forte, engagée et agissante.
Elle compte également sur ses terres fertiles, ses nombreux cours d’eau, ses sources d’énergie et ses réservoirs en ressources minières parmi les plus importants au monde ». Ce qu’il faut ajouter en pleurant : 81% des stocks d’or de la BCEAO, notre banque centrale communautaire, est détenu par la Banque de France ; l’année dernière, 2024, notre zone Afrique a produit 250 tonnes d’or dont 43 tonnes sont gracieusement offertes à la France pour la garantie du franc CFA, la monnaie bâtarde qu’on fabrique pour nous. L’once d’or coûtant (en septembre 2025) presque 3700 dollars, cela donne quelques trente (30) milliards de dollars, c’est-à-dire de quoi donner à manger à sa faim à la totalité des populations des pays producteurs africains, à les soigner, à développer leur école et leur agriculture, à financer leurs recherches pour plus de progrès et de bien-être pour elles. Monnaie nazie, monnaie coloniale, monnaie de singe, monnaie-armée pour les prédations… : il est temps d’abandonner le franc CFA, rapidement. Pour mieux comprendre, rappel effroyable : l’UEMOA a été créée à Dakar le 10 janvier 1994 et le lendemain même, 11 janvier, la France annonce la dévaluation de 50% du franc CFA.
Amadou N’Fa Diallo
Source : journal Le National n° 726 du lundi, 06 octobre 2025.











